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4 années ago
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Le dopage et le sport

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Les affaires Richard Virenque, Lance Arsmtrong et de bien d’autres encore marquent un tournant voire une prise de conscience de l’industrialisation du dopage. Richard
Virenque, s’était muré dans d’improbables dénégations pendant deux ans, avant
d’avouer finalement s’être dopé, entre autres à l’EPO tout comme Lance Arsmtrong quelques années plus tard. Depuis les techniques de dopage n’ont cessées d’évoluer, rendant les contrôles de plus en plus compliqués.

Rappelez-vous de la mort de l’anglais Tom Simpson, dopé aux amphétamines, en 1967, dans l’ascension du mont Ventoux, des révélations de Jacques Anquetil sur ses piqûres de caféine, de vitamines et d’amphétamines, dans les années 1960; déclarations de médecins des ex-pays de l’Est sur le dopage systématique des enfants jusqu’à la fin des années 1980, avec des conséquences épidémiologiques effrayantes ; scandale autour du sprinter canadien Ben Johnson, déclaré positif à la nandrolone en 1988, aux jeux Olympiques de Séoul; morts suspectes d’athlètes jeunes (comme la sprinteuse américaine Florence Grifïith-Joyner), cyclistes pro­fessionnels atteints de thrombose ou d’hyperviscosité du sang, footballeurs italiens frappés de leucémie ; soupçons portés régu­lièrement sur le cyclisme, la gymnastique, la natation, l’athlétisme ou le football, autant que sur des États comme la Chine ; discrédit de l’haltérophilie ou, plus récemment, du ski de fond. Sans parler des sports professionnels américains qui échappent aux chartes internationales – les joueurs de football américain, par exemple, ont une espérance de vie de 55 ans et la moitié d’entre eux décè­dent avant 47 ans (in Dopage, l’imposture des performances de Jean-Pierre de Mondenard).

La dopage est bien ancré dans le sport de haut niveau. Du coup, le dopage est devenu l’affaire de tous, comparable aux affaires de corruption politique ou économique. Les dirigeants, médecins et spécialistes du sport s’en sont emparés, relayés par une vindicte populaire toujours prête à critiquer ce que par ailleurs elle encense: «Tous dopés, tous pourris.»
Les rares sanctions confirmées sont des sanctions essentiellement sportives : sus­pension des compétitions, retrait des médailles. Au passage, la relativité de la performance sportive s’enrichit là d’une nouvelle variante : la réversibilité des palmarès.

Les questions posées par le dopage sportif sont de deux ordres. Tout d’abord, le dopage nuit à la santé des athlètes, de toute évi­dence. Par là se légitime la nécessaire prise en charge par les pou­voirs publics et les instances de la lutte anti-dopage d’une popu­lation diversifiée d’enfants, d’adolescents et d’adultes menacés. Néanmoins, ce constat suggère trois remarques. Premièrement, la santé des athlètes de haut niveau est actuellement
mise en danger par les pratiques d’entraînement toujours plus intensif et la pré­cocité dans certains sports sans cesse accrue, et ce avant même ou indépendamment du dopage. Deuxièmement, on peut sup­poser que le dopage d’aujourd’hui, chimique et pharmacologique, pour une part détectable, puisse à l’avenir évoluer vers des formes peut-être moins nocives (qu’en sera-t-il du dopage génétique?), voire moins décelables. Comment l’évaluer alors ?
Troisièmement, on ne peut évoquer le dopage sportif sans évoquer le dopage social massif qui se généralise, depuis les consommations les plus ano­dines (mais néanmoins addictives) de produits vitaminés, d’ali­ments enrichis, d’alicaments ou de compléments alimentaires de toutes sortes, jusqu’à une véritable toxicomanie médicamenteuse, en particulier quant aux psychotropes. Ce phénomène invite à considérer le dopage sportif comme la partie émergée d’un iceberg social où le culte de la performance, admis comme ligne de force de la vie personnelle, scolaire ou professionnelle, fait des ravages. Par là, le
sport n’est pas le seul lieu du dopage, mais il en est l’ex­trapolation des motifs et le laboratoire.

Ce dernier point amène à considérer le traitement particu­lier dont fait l’objet le dopage sportif, à la fois des points de vue juridique et médiatique. En effet, on n’a jamais invalidé la perfor­mance d’un chanteur, d’un écrivain ou d’un homme politique sur le motif de leur consommation de drogues ou de médicaments. Dans le sport, au-delà de la performance, du résultat, on exige la transparence, c’est-à-dire la traçabilité des moyens. Personne ne s’émeut qu’un poète ou un musicien se détruise au nom de son art. Chacun veut, au contraire, que la performance sportive soit le parangon d’une pureté que l’on qualifie alors de «morale». Car le sport est fondé originellement, depuis le XIXe siècle et les premières ompétitions et institutions, et constitutivement de par l’essence de ses fonctionnements, sur la règle. La règle du jeu différencie entre eux les sports et les structure en tant que tels. Elle exclut ce qui est hors jeu plus violemment encore que la loi ne sanctionne, dans la société, ce qui est hors la loi. Elle contribue à faire du sport une sphère autonome, entretenant l’illusion d’une démar­cation entre le sport et la vie. Ainsi, à l’argument de la santé, qui spécifie curieusement le dopage sportif, aux visées pédagogiques qui encadrèrent l’impulsion initiale, s’adjoint l’idée que, si la règle fonde ontologiquement le sport, la tricherie devient la transgres­sion suprême.
Contrevenant aux idéaux de pureté qui lui sont associés, à son mythe, le sport déçoit alors les attentes portées sur lui.

Bien sûr, on peut, là encore, à propos de la tricherie, faire plusieurs remarques. Rappeler, par exemple, qu’il s’agit d’une notion conventionnelle, donc relative, qui entretient avec la règle du jeu un rapport dialectique. Ainsi, l’inventivité du sport à fin de performance conduit à la création de matériels et de matériaux, à des innovations dans les techniques ou la gestuelle qui déro­gent parfois à la règle en place et posent alors problème. Faut-il les accepter, auquel cas on notera là, la plupart du temps, un progrès ; faut-il les interdire, et on tracera la frontière entre le permis et le défendu, la règle et la tricherie? Jouer, d’une certaine manière, est toujours jouer avec la règle du jeu, évoluer à la limite de ce qui est permis, interpréter l’arbitrage, interpréter la règle, et donc, de ce fait, potentiellement tricher. Ce qui signifie que toute innovation (qui est le cœur de la performance) recèle une possibi­lité d’être jugée comme une tricherie.

Étant relative, la notion de tricherie évolue donc, comme les listes de matériels autorisés et, on pourrait dire aussi, comme les listes de produits. Car, s’il y a indéniablement une différence entre un matériel destiné à amé­liorer le confort et la performance d’un athlète et une médication susceptible de le détruire, néanmoins, le processus dans lequel s’inscrit le dopage est le même que celui qui vise à l’améliora­tion de la performance par d’autres moyens techniques. Aussi, départie de ce caractère absolu qu’on lui accorde souvent,
la tri­cherie sportive renvoie à la question de la spécificité du dopage sportif par rapport aux autres comportements sociaux. Pourquoi la tricherie est-elle intolérable dans le sport?

Par ses scénarios simples, la visibilité de ses mécanismes, le sport est un schème propre à faciliter  la compréhension de la règle. Il n’y a pas d’arrière-fond dans le sport, sauf à
sortir du sport. La signification du sport est hors du sport, soit dans le commentaire tautologique, soit dans l’interprétation des présup­posés. Or, ce caractère schématique suggère une épure. Dans l’attachement du sport à la règle, une manière de contrat social s’exprime, mixte historique du juridisme des Lumières et du par­lementarisme anglais, c’est-à-dire une épure de ce que la société tente, idéalise ou manque : le suffrage universel, le progrès, l’État de droit. L’égalité sportive fascine. Passant sous silence les condi­tions
d’accès au sport lui-même et à la performance, inégales de fait, elle s’illustre dans l’égalité de chacun devant la règle, der­rière la ligne de départ, etc. En outre, la compétition sportive pro­duit de l’égalité puisqu’une part de son succès repose sur la « glo­rieuse incertitude du sport», c’est-à-dire l’agencement réglé de poules, de divisions, de classements, présidant à l’affrontement entre «égaux». En amont comme en aval, l’égalité sportive est le vecteur par où s’exhibe la démocratie. Dams le même temps, le triomphe du «meilleur» est, lui, de nature aristocratique. Par là, le sport est censé incarner une méritocratie exemplaire, récon- cillant dans son spectacle rivalité et justice, l’égalité du principe et l’inégalité des faits, les chances de chacun et l’élitisme du vainqueur. Activité codée, le sport «persévère dans son être» par le respect des codes. Celui qui triomphe le fait selon des codes connus. Ailleurs, «dans la vie», la «triche», la «magouille», tout ce qui «n’est pas du sport», favorisent la réussite. Pas de «pis­tonnés» en sport, mais des champions au parcours évaluable, mesurable, traçable. D’où la fonction symbolique ici jouée et dans laquelle se projette avec passion une société déçue par les dysfonctionnements démocratiques. Le sport figure alors une contre-société vertueuse. On comprend mieux que le dopage rompe cette fonction symbolique et cette projection jouissive – on n’a jamais demandé à un chanteur de rock d’incarner l’idéal égalitaire et progressiste des Lumières.

Il serait possible d’imaginer une égalité restaurée par la léga­lisation du dopage. Si le sport d’élite est définitivement un spec­tacle, de surcroît mercantile, pourquoi ne pas laisser les sportifs user des médications de leur choix afin d’assurer l’obligation de performance? D’autant que certains affirment que les rééquili­brages hormonaux ou même la prise d’EPO permettraient d’éviter le pire dans le cas d’efforts intensifs répétés ! Outre le fait que les sports sont en réalité très inégaux devant ces aspects de spectacu- larisation et de retombées financières, que les sportifs ne sont pas tous des professionnels exerçant ou susceptibles d’exercer leur «art» à leurs risques et périls, il faut encore abandonner les hori­zons pédagogiques et médicaux pour envisager cette option. Or, il n’y a pas un, mais
des dopages, et une population diversifiée d’en­fants comme d’adultes potentiellement concernée. Il paraît inen- visageable de légaliser un dopage concernant éventuellement des sportifs largement mineurs et, pour des questions de prévention de l’hygiène publique (donc politiques et sociales), un dopage qui tue. En outre, et quand bien même le dopage serait autorisé, son coût, parfois exorbitant, suppose(rait) un «mécénat» du dopage et des «écuries» d’athlètes dopés plus ou mieux que d’autres, c’est- à-dire une inégalité, de même que sont profondément inégales les façons dont les organismes humains réagissent au
dopage, les variations des traitements en fonction des objectifs, etc. Au final, un dopage légalisé suggère, assez logiquement, d’autres formes d’inégalités que celle de la tricherie actuelle, avec un désastre sanitaire en sus.

La nature et l’artifice

Mais la question philosophique que pose le dopage est celle du rapport entre la nature et l’artifice. Dans cette longue évolution vers l’amélioration des performances que constitue l’histoire de l’humanité, les cent cinquante ans d’histoire du sport tracent une trajectoire linéaire, celle d’un progrès continu et chiffré. Mais ce progrès ne s’est accompli que par l’invention et l’assimilation de savoirs, de techniques et de matériels, régissant là comme ailleurs l’amélioration des résultats. En sport, comme dans tous les domaines, la conquête sur la nature et le hasard s’effectue grâce à des artifices, c’est-à-dire selon l’intrication étroite du naturel et du culturel Or, le dopage comme amélioration artifi­cielle de la performance prolonge et complète cette liste de pro­cédés ; avec cette réserve d’importance, déjà soulignée, qu’il nuit gravement à la santé des athlètes.

Par conséquent, penser le dopage, c’est penser la globalité d’un processus qui apparaît intellectuellement logique, ce qui ne veut pas dire moralement légitime. C’est supposer également qu’il puisse prendre des formes moins nocives ou indétectables, compliquant les aspects juridiques. C’est imaginer enfin qu’à la malléabilité ésoplastique du corps, par l’absorption de subs­tances variées, puisse s’adjoindre une malléabilité exoplastique, celle d’un corps réparé, transformé, augmenté par l’ajout de prothèses. Le cas d’Oscar Pistorius, athlète sud-africain han­dicapé depuis la naissance, équipé de prothèses et demandant à participer aux jeux Olympiques des valides en raison de ses performances sur 400 m  roches des minima olympiques, est emblématique de l’interrogation qu’appelle le futur sur l’usage des exosquelettes dans le sport. Dès lors qu’un athlète handicapé accomplira des performances supérieures à celles des valides.

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Dopage

Comments to Le dopage et le sport

  • Le dopage. C’est incroyable comme il pourri la competition a un certain niveau. Du jeu biaisé et dénaturé ce n’est certainement pas ce que voudrait voire les spectateurs qui paient leur billets. mais l’egoisme et le manque de morale semble etre les deux seul qualités de ces hors la loi. meurtre de soi, même si les conditions sont moins flagrantes il y’a quand même atteinte a la personne. La question qui se pose est tres importante et touchant plusieurs niveaux en plus du sport: quel est la difference en termes de crimes entre celui qui produit le sujet de dopage, celui qui le vend et celui qui l’utilise

    Berou from prison 2 mai 2013 10 h 59 min Répondre

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